Gentil et Bourdet, les artistes mosaïstes

Les architectes Alphonse Gentil et Eugène Bourdet se sont rencontrés aux Beaux-arts de Paris où ils étaient les élèves de Victor Laloux, créateur de la gare d’Orsay. Ils fondent en 1901 la Société Gentil & Bourdet, leur propre fabrique de céramique à Boulogne-Billancourt. Ils réalisent leurs premiers bâtiments dans la ville de Nancy dont est originaire Eugène Bourdet.

Signature de Gentil & Bourdet sur la façade du Hall de La Dépêche © Elena Joset

Signature de Gentil & Bourdet sur la façade du Hall de La Dépêche © Elena Joset

L’Art Déco, une renommée pour Gentil & Bourdet

L’arrivée des arts décoratifs en France à partir de 1925 propulse Alphonse Gentil et Eugène Bourdet vers la gloire. Les céramistes comprennent la nécessité de mêler architecture et décor en céramique. Ainsi, il vont servir l’architecture Art Déco, en vogue dans les années 1920.

Leur fabrique ne propose pas une production diversifiée mais possède du matériel très moderne pour l’époque. En 1925, ils sont présents à Paris pour la première exposition des arts décoratifs. A cette période, l’architecture moderne se développe et les deux associés sont très appréciés pour leurs revêtements céramiques.

Réclame pour les Ets Gentil & Bourdet lors de l’Exposition des Arts Décos de Paris en 1925

Réclame pour les Ets Gentil & Bourdet lors de l’Exposition des Arts Décos de Paris en 1925

Une technique propice au « purisme des modernes »

Très vite, Gentil et Bourdet prennent conscience que la mosaïque peut servir l’architecture moderne, autant pour les revêtements extérieurs qu’intérieurs. Leur formation d’architecte leur permet de développer un sens de l’esthétique plus important que chez leurs concurrents. Ils réalisent les mosaïques décoratives pour de nombreux architectes, tel que Léon Jaussely avec qui ils collaborent à maintes reprises.

Le béton armé est pour l’architecture des années 1920, la matière première à toute création. Les céramistes Gentil et Bourdet sont donc sollicités pour leur technique d’embellissement de ce matériau. On fait appel aux associés pour deux choses :

– La création de décor en mosaïque que Gentil et Bourdet dessinent eux-mêmes

– La pose de céramique selon les dessins d’un décorateur (c’est le cas de la gare maritime de Cherbourg, par exemple)

Détail – Piscine St Georges, Rennes © Mélissa Leray

Détail – Piscine St Georges, Rennes © Mélissa Leray

Les revêtements céramiques des deux associés répondent à un souci d’économie industrielle et de fonctionnalisme décoratif. Les matériaux qu’ils emploient sont à la fois esthétiques et faciles d’entretien. Ils sont adaptés aussi bien aux habitations individuelles qu’aux bâtiments plus importants.

Dans les années 1920, un nouveau type de marché se développe : les bâtiments publics à caractère hygiénique et sportif. Ils représentent davantage de commandes pour les mosaïstes. Il s’agit de piscines, de gymnases, de bains publics ou d’écoles. Dans cette mouvance, Gentil et Bourdet participent à la décoration de nombreux bâtiments de ce genre.

Piscine St Georges, Rennes © Mélissa Leray

Piscine St Georges, Rennes © Mélissa Leray

Un mode de fabrication particulier

Les céramistes Gentil et Bourdet mettent en place un système de fabrication de grès cérame aux fonctions multiples :

– le grès cuit sans émail ou verni pour la décoration des façades

– le grès flammé par salage et émaillé pour le parement dans la construction

– le grès flammé et émaillé pour les carrelages et les ornements intérieurs ou extérieurs

Par ces différents modes de fabrication, les céramistes Gentil et Bourdet permettent une utilisation à la fois esthétique et fonctionnelle de la céramique. La fabrique de céramique de Boulogne-Billancourt est reconnue et sollicitée par les architectes contemporains.

La Cité de la Mer de Cherbourg © HaguardDuNord / CC BY 3.0

La Cité de la Mer de Cherbourg © HaguardDuNord / CC BY 3.0

La gare maritime de Cherbourg est partiellement détruite lors d’un bombardement en 1944 et restaurée entre 1948 et 1952. La gare est désaffectée en 1970 et le projet de créer la Cité de la mer est alors envisagé. Cet édifice public est répertorié au registre des Monuments Historiques de France.